Concours Halte-pont et halte-berge du Trient | Vernayaz (VS) | 1er prix

Etat : concours
Maîtres d’ouvrage : Canton du Valais
Maîtres d’œuvre : Pass-age, DARE architectes, DIC ingénieurs

Le projet Diapason part d’une idée assez simple : plutôt que de chercher à construire un nouveau paysage, nous avons voulu révéler un paysage qui est déjà là, et accompagner sa transformation. Il parle de la rencontre de deux paysages très différents : le Trient, torrent de montagne, et le Rhône, fleuve de plaine. Le nom Diapason traduit cette volonté de mettre ces différentes composantes en accord : le fleuve et la montagne, les infrastructures et le paysage, mais aussi les matériaux et les nouveaux usages.

Notre première intention est donc celle de la sobriété. Le projet ne cherche pas à devenir un objet autonome ou spectaculaire dans le paysage. Au contraire, l’architecture doit rester en retrait pour laisser le paysage être le véritable protagoniste. La présence de l’autoroute représente une forte contrainte. Plutôt que de considérer cette infrastructure uniquement comme une nuisance, le projet cherche à transformer cette contrainte en opportunité paysagère. Les merlons existants sont renforcés et plantés afin d’atténuer les nuisances sonores et de créer progressivement des espaces plus calmes, où l’expérience du paysage peut reprendre le dessus.

L’idée principale est que les deux haltes — la halte-pont et la halte-berge — ne sont pas simplement deux équipements posés dans le site. Elles constituent deux moments différents d’une même expérience paysagère. La halte-pont est pensée comme un belvédère en mouvement. La halte-berge, elle, permettre l’arrêt, la contemplation et l’appropriation du site. Elle surplombe le Rhône. La halte-berge devient ainsi un lieu où l’on peut s’arrêter, observer, se rencontrer, mais aussi comprendre le paysage.

C’est dans ce contexte qu’intervient notre deuxième idée forte : le ré-emploi. Le site est considéré comme une véritable réserve de matériaux. Les éléments présents ne sont pas envisagés comme des déchets issus d’un chantier passé ou comme des matériaux à évacuer, mais comme des ressources disponibles pour construire le projet futur. C’est donc une logique d’économie circulaire, mais avec une dimension supplémentaire : le ré-emploi permet de conserver la mémoire du lieu. Par exemple, les agrégats issus du site remplissent les gabions ; les blocs de l’ancienne passerelle deviennent des éléments de soutènement et des assises ; les anciens caillebotis permettent de descendre vers le Rhône ; les tubes métalliques sont transformés en supports vélos et en éléments de signalétique. Le matériau change donc de fonction, mais il ne disparaît pas. On pourrait presque dire que le projet construit le futur avec des fragments de son propre passé.

Cette logique concerne également le vivant.Les arbres qui doivent être abattus de manière sélective fournissent du bois d’acacia et de mélèze qui peut être réutilisé dans la construction et le mobilier. Les jeunes plants présents dans les zones de travaux sont, eux, transplantés pour accompagner la restauration des berges. Le projet accompagne la recolonisation progressive des berges. C’est important parce que le paysage que l’on propose n’est pas pensé comme un paysage fini. Il est conçu pour évoluer dans le temps. Le projet accompagne donc les processus naturels déjà à l’œuvre : les mouvements de l’eau, les dépôts alluviaux, la recolonisation végétale et les variations saisonnières du fleuve. L’aménagement devient une sorte de support permettant au public d’observer cette transformation. Ainsi, le ré-emploi devient beaucoup plus qu’une réponse environnementale ou économique. C’est véritablement une manière de concevoir le projet : regarder ce qui existe, comprendre ses qualités, lui donner une nouvelle fonction et éviter de produire inutilement du nouveau.

En résumé, notre philosophie pourrait se résumer en trois mots : révéler, réemployer, transmettre.

Révéler le paysage plutôt que le construire. Réemployer les ressources déjà présentes plutôt que les considérer comme des déchets. Et transmettre la mémoire du lieu tout en accompagnant sa transformation. C’est cette attitude qui donne au projet Diapason sa cohérence : une architecture discrète, une matière issue du territoire et un paysage qui reste au centre de l’expérience.

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